Dentelle, certes.

Dans la mesure où une certaine fragilité pourrait sembler inhérente à la finesse de la structure.

Mais non.

Les ailes des odonates sont plutôt robustes et peuvent leur permettre de franchir de longues distances. Et parmi les odonates, les anisoptères encore plus que les zygoptères.

Aile antérieure droite de Gynacantha bispina

Ptérostigma de Gynacantha bispina

Malgré ces aptitudes certaines au vol, il existe quand même des espèces endémiques.

Parmi celles-ci, Gynacantha bispina est une jolie et discrète aeschne forestière. Elle est endémique des Mascareignes, c’est à dire qu’on ne la trouve que sur l’île de la Réunion, l’île Maurice et Rodrigues.

C’est une découverte récente pour l’île puisque les premières observations décrites remontent aux années 2000.

Là-bas, dans les Hauts du Nord-Est de l’île, même s’il pleut beaucoup, il existe des petits coins de paradis. De jolies ravines, de belles forêts. Tout ça.

Là-bas, c’est le territoire du lézard vert des hauts, le Phelsuma borbonica.

Les Phelsuma sont d’aimables geckos diurnes et pour la plupart joliment colorés. Ils sont originaires de Madagascar et n’ont pas hésité à diffuser dans toutes les îles de l’Océan Indien. Des voyageurs qui se sont installés et qui ont plus ou moins perduré, malgré d’évidentes contraintes écologiques.

Phelsuma borbonica borbonica sur son piédestal

Phelsuma borbonica borbonica sur son piédestal

Au final, les Phelsuma sont un peu comme les bretons. Je m’explique.

Je crois que c’est Erik Orsenna qui disait que dans n’importe quel endroit du monde, on trouverait toujours une bouteille de Coca-Cola et un breton.

Dans le Sud-Ouest de l’Océan Indien (SWIO pour les intimes), cet aphorisme est presque vrai. A cela près qu’on peut rajouter les Phelsuma.

[Et pas mal d'autres espèces (oiseaux, reptiles...) quand même. J'en reparlerai...]

Ici mars n’annonce rien.

Pas de printemps. Mais pas d’automne non plus.

Les tropiques n’aiment pas les inter-saisons, celles-ci sont trop fugaces. A choisir, c’est soit la saison froide, soit la saison chaude.

A cette période, certains arbres en profitent pour fleurir. C’est le cas du mahot tantan (Dombeya acutangula) qui fait partie de ces arbres tardifs qui préfèrent les jours raccourcissant pour dévoiler leurs charmes.

Une blancheur immaculée, de la tête au pied, des pétales au stigmate.

Un velouté de douceur.

Au plaisir d’y choir. De s’y perdre.

Evanescence de Dombeya acutangula

Evanescence de Dombeya acutangula

 

Après le Cap Méchant, quand on part vers Saint-Philippe, il suffit de tourner à gauche après le snack. Et de suivre la route.

On traverse quelques vanilleraies, une forêt humide avec des benjoins, des grands nattes, des takamakas, des… Les troncs sont tous agrémentés d’une jolie diversité d’orchidées épiphytes. On croise bien à nouveau quelques gîtes et des vanilleraies. Et encore de la forêt indigène.

La route continue de s’étirer vers le volcan. Et finalement débouche sur le gîte de Basse Vallée, en plein coeur de la vallée heureuse.

Un petit coin de paradis.

Enfin presque.

Le gardien du gîte qui ne semble pas se satisfaire du seul chant des oiseaux est armé d’une sono redoutable. Les décibels hurlaient de la musique de boom.

La rando a commencé avec une chanson du groupe Ottawan : « d.i.s.c.o ». Version française bien sûr. Tellement entêtante, que je crois que je l’ai toujours en tête.

Après avoir traversé la ravine et être parti à l’assaut du rempart de la vallée, les boum-boums délicats de la musique nous ont rattrapés.

Neptis dumetorum  sur son fond de disco

Neptis dumetorum sur son fond disco

Aux alentours de midi, ce sylvain de dumet surveillait son territoire. La lumière se reflétait dans les feuilles luisantes des goyaviers.

A travers l’objectif, finalement, c’était évident. Le scintillement de la boule à facette, les costumes à paillettes, tout ça. L’après-midi disco, c’était ici.

Fin d’après-midi.

Le soleil étire ses derniers rayons d’été.

Les nuages de l’ouest s’embrasent.

Impression fugace d’un instant éphémère.

(L’inverse est vrai.)

Les âmes blafardes des papillons se posent.

La tête en bas.

Dans quelques minutes il fera nuit.

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« Eté froid, hiver froid ! » disait Tata Suzanne au marché en septembre. « Bon il fait doux pour le moment, mais tu vas voir quand le froid va être là, on va le sentir passer » commentent deux jeunes en décembre.

S’il y a bien quelque chose qui n’est pas régi par des règles, c’est la météo ! En réalité, selon les statistiques de Météo France, seulement 10% des étés frais sont suivis d’un hiver froid. On peut même dire que ce mois de janvier 2014 est le deuxième mois de janvier le plus chaud depuis que Météo France mesure températures et précipitations.

Leucojum vernum

Leucojum vernum

Ces températures anormales ont totalement déréglé la nature. Vous avez peut-être pu le constater vous même. Les perce-neiges, Galanthus nivalis, et les nivéoles, Leucojum vernum, sont déjà sortis, ainsi que de nombreuses autres espèces. J’ai moi même été le témoin de la floraison de ces deux plantes. Il est vrai que ces espèces sont précoces, mais là c’est avec un mois d’avance pour ces stations. Elles font partie de la famille des Amaryllidaceae. En France on compte six espèces de nivéoles. Leucojum vernum, est reconnaissable par ses fleurs penchées ou pendantes, à trois sépales et trois pétales identiques et libres jusqu’au-dessus de l’ovaire qui est infère et pointés de vert sur le bout. En général on les trouve plutôt dans des habitats ombre/mi-ombre et frais.

Leucojum vernum toujours

Leucojum vernum toujours

Mais pourquoi cette floraison précoce ? Le mois de janvier est, comme je vous l’ai dit, exceptionnel. Les moyennes de températures sont supérieures à la moyenne. +2,6°C pour Paris, +3,9 °C pour Lyon ou encore +3,1°c pour Bordeaux. L’ensoleillement a aussi été  catastrophique. -32% pour Paris par rapport à la normale, -20% pour Lyon ou -29% pour Bordeaux. Soit en heure d’ensoleillement, 43h pour Paris en cumulé pour tout le mois de Janvier (moins de deux jours cumulé), 59h pour Lyon (deux jours et demi cumulé), 68h pour Bordeaux (moins de trois jours cumulé). Et ne parlons pas des précipitations. -3% par rapport à la normal pour Paris, +119% pour Lyon, +111% pour Bordeaux.

Galanthus nivalis

Galanthus nivalis

Ce sont ces conditions particulières qui ont permis la floraison des ces plantes. Température douce, ombre, et humidité. Tout ce qui leur plait ! Il faut espérer que les plantes résisteront à la prochaine vague de froid. S’il y en a une ! En tout cas rien n’est joué pour la nature. En 2013 nous avons pu observer un printemps en mars en retard qui a pris jusqu’à 3 semaines d’avance en avril mai. Observer l’avancée de la nature par les plantes est un meilleur moyen de juger de son état que les vieilles citations de nos grand-mères.

Et la petite fillette répondit : « C’est une bonne noix que je mange. Si tu veux, je te donnerai cette paire de petits ciseaux très résistants et très pointus. Ainsi, tes enfants et toi pourrez manger des noix de coco comme celle-ci quand vous serez sur le rivage ; et tu pourras creuser ton propre Pusak Tasek n’importe où pour te cacher ; et si le sol est trop dur, tu pourras grimper aux arbres.

- ça ne suffit pas, répondit Pau Amma. Nu et mou comme je suis, ces cadeaux ne me seront d’aucune utilité. Rends-moi ma carapace, ô Doyen des Mages, et je jouerai au jeu que tu voudras.

- Je te rendrai ta carapace, rétorqua le Doyen des Mages, pendant onze mois de l’année ; le douzième mois, tu redeviendras nu et mou afin de te rappeler, à tes enfants et toi, que je suis le Maître des Sortilièges et que tu dois faire preuve d’humilité. Car si tu peux fuir à la fois sur Terre et dans la Mer, tu deviendras trop effronté ; et si tu peux grimper aux arbres, ouvrir des noix de coco et creuser le sol avec tes pinces, tu deviendras trop gourmand. »

Le Crabe réfléchit, puis déclara : « C’est d’accord. J’accepte tous vos cadeaux. »

Alors, le Doyen des Mages réalisa un sortilège de sa main droite, avec ses cinq doigts [...] et Pau Amma se mit à rétrécir, à rétrécir, à rétrécir encore et encore jusqu’à n’être qu’un crabichon minuscule [...].

[...]

Crabe fantôme sur la plage de Grande Anse

– « Kun ? », demanda le crabe
- « Payah kun », répondit le Doyen des Mages.

[...]

Et Pau Amma ? Tu vois bien, quand tu vas à la plage, comment ses bébés creusent de petits Pusat Tasek sous chaque pierre pour s’abriter, et comment ils agitent leurs petits ciseaux. [...] Mais une fois l’an, tous les Pau Amma doivent ôter leur carapace et rester nus et mous en souvenir du Doyen des Mages. Voilà pourquoi il est injuste de les tuer ou de les chasser, sous prétexte que Pau Amma s’est montré impoli il y a bien longtemps.

Histoires Comme ça

Rudyard Kipling

 

Les Mahots font partie des espèces végétales emblématiques de la forêt réunionnaise.

Dombeya acutangula du jardin

Dombeya acutangula 

L’étymologie du nom « mahot » est étonnante…

« Mahot » serait d’origine sakalav (malgache) et proviendrait du terme Mahogo qui se décompose en « ma » qui signifie « grand » et hogo « action de peigner une fibre »…

Autrement dit, Mahogo désigne le chanvre.

Il semblerait que les premiers habitants malgache de l’île aient confondu les feuilles juvéniles du mahot tantan (Dombeya acutangula) avec de vulgaires pieds de zamal.

Je ne sais pas si ça se fume…

… Suite et bientôt fin de l’année 2013… A la recherche des paradis perdus de l’Océan Indien…

L’île a émergé il y a quelques 3 millions d’années et l’homme n’a commencé à la coloniser qu’à partir du 17ème siècle. Dès lors, ce fut le début de l’extermination (volontaire ou non) d’un grand nombre d’espèces végétales et animales. Fin de l’histoire, maintenant on essaye de rattraper le temps perdu.

Les forêts humides des Bas, on en trouve encore. Vers le Sud Sauvage et l’Est. C’est le cas de la forêt de Mare Longue à Saint-Philippe. Quant à la forêt sèche (des Bas), on oublie, mis à part quelques ravines du côté de La Possession.

Forêt des Bas

Forêt des Bas avec son pied d’Angracecum mauritianum

Le relief de l’île a protégé les forêts d’altitude perchées sur leurs remparts. Dans le royaume des nuages.

Forêt des Hauts

Forêt des Hauts avec ses touffes d’ananas marron

Là-haut, il peut faire très frais. Parmi les arbres endémiques remarquables, les mahots sont très fréquents.

Fleur de petit Mahot

Fleur de petit Mahot Dombeya ficulnea (?)

Au grès des déambulations, le fouillis végétal saute aux yeux. Du sol à la canopée, tous les étages sont occupés. Ce sont les épiphytes qui squattent. Parmi celles-ci, certaines fascinent plus que d’autres : par leur beauté, leur fragilité et leur élégance. Ces filles de l’air que sont les orchidées.

Bulbophyllum pendulum

Le minuscule Bulbophyllum pendulum fait jouer quelques rayons de lumière dans sa hampe florale colorée.

Polystachya concreta se la joue un peu timide. Certainement parce qu'elle est assez banale...

Polystachya concreta se la joue un peu timide. Certainement parce qu’elle est assez banale…

Cryptopus elatus a la classe

Cryptopus elatus a la classe

Enfin, ce Cryptopus s’observera plus facilement à l’aéroport de Gillot (Roland Garros à Sainte-Marie) que dans le milieu naturel. Un énorme poster orné de quelques espèces réunionnaises remarquables accueille le visiteur.

Bonne année 2014 à tous !

… Autrement dit… Des photos au fond du jardin !

C’est la fin de l’année, l’heure des bilans et des rétrospectives. Voilà la première partie.

Cette année j’ai passé plus de temps dans le fond du jardin que dans la nature… C’est comme ça.

La Réunion, comme toutes les îles, jouit d’une diversité biologique assez hallucinante. Son insularité la rend très sensible aux introductions d’espèces exotiques : végétaux, animaux, agents pathogènes (bactéries, virus, etc.).

Les espèces endémiques ont réussi pour la plupart à se maintenir dans les Hauts de l’île. Du coup, dans les Bas, c’est plutôt la fête aux exotiques et envahissants.

Pantala flavescens

Fin de soirée pour cette libellule de fin d’été qui traîne dans le vetyver. L’automne approche. Avril 2013.

Asilide entre les roses de porcelaine

Asilide à travers les larges feuillages des roses de porcelaine du jardin du voisin. Décembre 2013.

Lycaenidae

Fin d’une journée d’été pour ce petit lycénidé qui va passer sa nuit sur son herbe à aiguille. Octobre 2013

Colle-colle

La liane colle-colle a tendance à proliférer dans les jardins. Elle n’est ni agréable ni jolie. Mais comme le disait ce bon vieux Serge : « la beauté cachée des laids, des laids, se voit sans délais, délais… »

Joyeux noël !